une bonne chronique sur "dimension Moscou"

Publié le par chantal robillard lectures

sur le site ou blog wagoo,

 

http://wagoo.free.fr/spip.php?article2486

 

une chronique par quelqu'un (anonyme, je n'ai pas de nom) qui a vraiment lu à fond

"dimension Moscou"

et en donne un commentaire argumenté :

 

Dimension Moscou inaugure une déclinaison prometteuse de la série Fusée, celle d’anthologies centrées sur une ville emblématique. Après la ville symbole de la Russie, nous aurons ainsi droit à celle qui incarne à merveille les Etats-Unis, la ville monde de New York. Mais là où Dimension New York est ancrée de plein pied dans les littératures de l’imaginaire, Dimension Moscou se révèle plus classique. Il convient en tout cas de relever la richesse de l’ouvrage, puisqu’outre une vingtaine de nouvelles, il comprend plusieurs illustrations (celles de Valérie Coeugniet étant les plus réussies, belles évocations des contes russes), des haikus élaborés par l’anthologiste, et une subdivision en six parties très littéraire, basée sur des citations des Trois sœurs de Tchekhov.

Sur l’ensemble des textes, nous mettrons d’emblée à part ceux qui nous ont paru trop allusifs, ou trop courts, ne faisant qu’esquisser des thèmes. « Aller à Moscou » de Marguerite Andersen combine les deux limites, en forme d’hommage à Nathalie Sarraute, tout comme « La beauté sauvera le monde » d’Eric Genetet, tandis que « On a dû vouloir quelque chose » de Jacques Serena semble tourner quelque peu à vide autour de son histoire d’amour impossible entre l’alter égo de l’auteur et une Russe mystérieuse. Dans le même esprit, « Fille à chapeau » de Nicolas Kempf se révèle être plus sobre, une épure non dénuée de tout charme. Quant à Jacques Lovichi, sa nouvelle « Le rossignol d’Ostrovitsa Nova » est trop peu développée pour réellement émouvoir autour de cette disparition programmée d’un écrivain ukrainien en pleine perestroïka (la métaphore de l’échec programmé de Gorbatchev ?). Il convient enfin de mettre à part « Le mur de Tsoï », de Didier Daeninckx, qui n’est pas une réelle fiction, simplement le récit du voyage mené par l’auteur un an avant la disparition de l’URSS et du reportage qui s’en était suivi, concluant à l’inanité des espoirs que l’on pouvait encore placer en Gorbatchev et ses réformes.

« Toubillons » (sic) de Diane Cuypers, tout comme « Le parfum d’une âme » d’Olympia Alberti, mettent en scène respectivement une quadragénaire invitée à Moscou et une Russe blanche sur le point de mourir, occasions de décliner les références culturelles, dont la chanson Nathalie de Gilbert Bécaud. Cette dernière est d’ailleurs au cœur d’une des plus belles nouvelles de Dimension Moscou, « Sa chanson » de Nathalie Dau. Ce tableau d’une femme prénommée Nathalie, d’abord amoureuse de son prénom, puis le rejetant avant de le redécouvrir avec passion, au soir de sa vie, dans un contexte légèrement anticipé sur le plan technologique, est une superbe évocation de la vie. Un cran en dessous, mais également très recommandable, « Ombres d’une scène vide ou ballet des larmes » de Claudine Glot se sert du Bolchoï et de ses spectacle pour mettre en scène le lesbianisme refoulé d’une jeune femme sous une forme onirique. Très -trop- littéraires, « Une soirée tchékhovienne » et « Deux ou trois petits mots », tous deux signés Rolande Causse, s’adressent avant tout aux initiés de l’auteur dramatique russe. « Une rencontre sous la neige » de Jacques Jouet va jusqu’à faire se rencontrer Isaiah Berlin, Albert Londres et une héroïne d’Andrei Platonov, au moment de la construction du métro de Moscou, mais là aussi, on peine à en saisir le sens profond. Quant à « Une indicible et mutuelle épouvante », d’Anne-Marie Mitchell, c’est un texte riche mais destiné avant tout à des familiers de la culture russe.

Dans un registre visiblement plus fantastique, Pascal Malosse, avec « En fumée », brosse le portrait d’un couple qui va se retrouver à l’occasion d’un phénomène inexplicable et inexpliquée, un nuage de fumée gigantesque envahissant Moscou, que j’ai pour ma part tendance à voir comme la résurgence de l’incendie de la capitale lors de la campagne de Russie par Napoléon. C’est d’ailleurs cet épisode qui vertèbre « 1812, le hussard amoureux », de Joël Schmidt (historien touche à tout), un texte visiblement inspiré d’une évocation familiale, qui se révèle très touchant, l’histoire de la relation aussi brève qu’intense entre un militaire de la Grande Armée et une actrice vieillissante installée à Moscou… Le versant plus merveilleux, celui des contes traditionnels, est présent grâce à Olivier Boile et François Urban-Menninger. «  Les pies de la place Rouge » se déroule sous le règne d’Ivan le Terrible, et si cette histoire de sorcières condamnées à mort et échappant au châtiment par une métamorphose inattendue est sans grande surprise, sa lecture n’en reste pas moins agréable. « Le chat fantôme de la rue Tverskaïa », moins abouti, présente de bonnes idées et des images référentielles et frappantes, autour de l’amour des Russes pour les félins domestiques. Enfin, l’anticipation est présente par « Une cravate pour un toast », d’André Cabaret, une nouvelle étrange. Elle imagine en effet, plus d’un demi-siècle dans l’avenir, une Russie réduite à un territoire plus restreint, baptisé Moscovie, et au sein duquel règne paix, sérénité et abondance, sous la houlette de chefs cooptés et anonymes (Numéros 1, 2…) : passons sur la crédibilité fort discutable de la chose, pour y voir avant tout une manière de réconcilier passé ancestral et utopie -communiste, principalement- en une forme d’harmonie idéale.

De la situation actuelle de la Russie, une fois l’URSS désintégrée dans les faits sinon dans les âmes, Alain Bellet tire «  Le fuyard de Yaroslav », trop courte évocation d’un enfant fuyant Moscou en devenant passager clandestin (d’une manière d’ailleurs bien improbable) du transsibérien, et Isabelle Minière « Moscou avec toi  », une façon, en décrivant une Moscou du réchauffement climatique où la place Rouge est devenue verte d’arbres postiches, de critiquer l’uniformité urbaine impulsée par la mondialisation. Un ensemble très bigarré, on l’aura compris, qui risque de ne satisfaire totalement qu’un public restreint, mais permettra aux autres de pénétrer par des biais originaux une culture nationale souvent mal connue.

 


 

Je ne suis pas d'accord avec tout ce qu'il dit, notamment sur la nouvelle utopiste d'André Cabaret et les jolis textes de Marguerite Andersen et Rolande Causse autour de Nathalie Sarraute et Tchekhov, mais le chroniqueur est visiblement moins intéressé par les côtés littéraires de l'ouvrage, c'est tout à fait son droit...

l'oiseau de feu de Krystal Camprubi

l'oiseau de feu de Krystal Camprubi

Commenter cet article