pelleteuses tueuses

Publié le par marybel dessagnes et chantal robillard

 

 

 



Pelleteuses tueuses

 

 

 

Lune en berne.

Terre déserte.

Lueurs du crépuscule.

 

Un creux,

de

plus

en

plus,

s'étend.

Une butte de terre s'enfle

de

plus

en

plus

élevée.

 

Sur cette terre,

serrées ensemble,

deux mères et deux jeunes femmes, plus une pucelle très jeunette,

n'espèrent plus :

Des femelles rebelles !

Peur démesurée en leurs yeux bruns.

L'une des jeunes, fleur neuve en ses cheveux, pleure ses rêves perdus.

Une des mères,

Un bébé recélé en ventre enflé,

Serre ses lèvres entre ses dents. Muette de terreur.

Une jeune, prude, presque nue, des bleus sur elle, se penche sur elle.

Blessées. Persécutées. Séquestrées.

 

Et sept pères, frères, neveux,

creusent,

creusent,

creusent,

pressés,

tendus,

véhéments.

Ne muser,

Ne durer

Ne céder.

Un seul but : les exclure d'urgence, empêcher leur refus de s'étendre.

 

Une bête hulule, désespérée.

Brute de fer se lève

sur

les

belles

et

frêles

têtes,

Benne terreuse les renverse en cette fente.

Hurlements, suées,

blessures .

Et les enterrent de cette pelleteuse, pères, frères, neveux.

Les en-ter-rent.

Len-te-ment.

Terre...

 

Plus de buttée.

Plus de femmes butées.

Exemple décerné.

 

 

Brusquement,

Une tête brune émerge,

légèrement,

se défend un peu.

Un frère tempête,

prend une bêche et heurte cette chère tête,

ré-enterre chevelure et fleur rebelles.

 

 

 

Terre lustrée.

Êtres décédés, scellés en ce sépulcre.

Meurtre perpétré.

 

Femmes,

remember !

 

 

 

© Ch.R.


Publié dans textes oulipiens

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camille, de langeac 18/06/2009 22:16

pourquoi ces confettis si gais avec ce texte si noir ?

marybel dessagnes et chantal robillard 19/06/2009 07:46


je n'allais pas mettre une photo de massacre ! le voyeurisme, très peu pour moi. d'ailleurs il n'y en a pas.
mais j'ai trouvé que ces jolis confettis, presque écrasés par les deux pierres qui semblent vouloir les engloutir, symbolisaient bien l'histoire hélas vraie de ces pauvres jeunes
Pakistanaises.