Je me souviens de Pascal Garnier

Publié le par marybel dessagnes et chantal robillard



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Je me souviens de Pascal Garnier

 

 

 

 

 

Je me souviens de Pascal Garnier, que Jacques Jouet et Martine Grelle m'avaient recommandé comme troisième « écrivain en résidence », pour les résidences que j'organisais avec le journal « L'Alsace ». Et de sa rencontre avec Claude Lapointe, qui l'illustra avec jubilation pendant 12 semaines.


 

Je me souviens du rire de Pascal, de son humour décapant, féroce mais tendre aussi, de son écriture pleine de métaphores insolites.


 

Je me souviens d'une de nos premières rencontres à Strasbourg : un rendez-vous devant l'Hôtel de ville, Pascal en retard d'un bon gros quart d'heure... Tout à coup je l'ai aperçu, assis sur les marches de l'Opéra, en train d'écrire à toute allure sa nouvelle de la semaine. « Ah quand ça vous prend, l'écriture, on oublie tout, il faut s'y mettre tout de suite, où que ça vienne », m'avait-il dit.


 

Je me souviens qu'il répétait souvent, faussement ronchon : « ah, je ne suis pas fait pour ce métier, non, non, je n'étais pas fait pour écrire ! », et que son jardin secret était la peinture.


 

Je me souviens qu'il avait logé 2 ou 3 fois chez moi, dans la chambre vacante de ma fille ; la taie d'oreiller à dessins de Mickey l'avait étonné, au point qu'il redit plusieurs fois par la suite : «  j'ai dormi sur un oreiller de Mickey, eh ben, ça alors ! »... et fit passer ladite taie d'oreiller dans une nouvelle de son recueil "Une fois trois".

 

 

Je me souviens d'une promenade dans Kaysersberg, et d'une sorte de course au trésor où, comme des gamins, nous recherchions près du pont les traces que nous avaient laissé 3 autres écrivains, envoyés en résidence à Kaysersberg la semaine précédente. Sans les retrouver.


 

Je me souviens que nous avions visité l'abbaye de Murbach et que Pascal avait voulu voir le petit cimetière jouxtant l'abbaye. Plus précisément : les noms inscrits sur les tombes. Il cherchait toujours pour ses personnages des noms banals, les trouvant dans le Bottin, ou sur les tombes. Il aimait les personnages quelconques, les gens sans éclat, les petites gens, dont il décrivait l'humanité profonde ou la dégringolade désespérée lorsqu'ils chutaient.

 

 

 

Je me souviens de retrouvailles en Auvergne, une année : nous devions aller assister à la « lecture sous l'arbre » du Cheyne, au Chambon sur Lignon, et nous étions retrouvés d'abord près des sources de la Loire. Un goûter ( mes enfants étaient petits) dans l'auberge du coin : de délicieuses tartes aux myrtilles sauvages, mais... un tavernier peu amène, presque insultant.  « Celui-là, je vais me le défenestrer dans un prochain roman ! » avait grommelé Pascal. « Quand je vois des salauds, je ne les rate pas dans mes textes ! ». Et il avait tenu parole.

 

 

Je me souviens d'un festival du nouveau cirque " pisteurs d'étoiles" , où la directrice artistique et moi-même l'avions convié à nous écrire un texte sur les circassiens, que l'on mit dans le programme. Pascal était venu à l'inauguration. Une collègue  du spectacle vivant, qui ne savait pas qu'il était écrivain, tournait, tournait autour de  " l'Aâârtiste ".  "Danse avec les loups" ! Nous en avions ri, mais ri, tous les trois... Puis, Pascal nous recommanda pour le texte de l'année suivante Michèle Lesbre, alors complètement inconnue.


 

Je me souviens d'une inauguration de foire du livre où j'étais assise, à la table officielle, entre le Député-Maire et le directeur d'un grand magazine littéraire. Long repas, s'éternisant... dans les volutes du cigare de mon célèbre  voisin littéraire, à qui je n'osais pas dire que je supportais très mal la fumée. Nausée. Pascal était venu me chercher  au dessert : vite, on me demandait d'urgence à une autre table pour une question technique, il m'enlevait quelques minutes. Rien d'urgent ne m'attendait, sinon des amis  : Claude, Charly, Marie-France,  Patrick, Jacques, peut-être Serge aussi. Voilà, c'était l'attention aux autres et la générosité de Pascal.

 

 

Je me souviens qu'une fois, chez moi, il dessina mon chat blanc endormi à la craie. Ce dessin donna  un beau chat d'un vert de jade  tranchant sur son fond noir ! C'était aussi cela, le regard de Pascal sur la réalité.

 

 

Je me souviens de beaucoup d'autres chose encore, mais surtout, surtout, je me souviendrai toujours de l'humanisme de Pascal. Et qu'il me disait, il y a quelques années : « j'ai trouvé mon ange ! » . Alors, où que tu sois, mon Pascal, veille sur ton petit ange, Nathalie. Où que tu sois, nous ne t'oublierons jamais et te relirons toujours.

 


 

Chantal Robillard

Aix en Provence, le 9 mars 2010

 

 

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un grand merci à la librairie baz'art des mots, à Hauterives (Drôme),

pour  l'affiche de la dernière exposition de Pascal.

 



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Grégory Le Baron 13/03/2010 10:46


Malheureusement,j'ai très peu connu Pascal et son travail...Aujourd'hui je pense très fort a son ange,ma cousine Nathalie.
Grégory


marybel dessagnes et chantal robillard 15/03/2010 08:12


c'est vraiment dommage pour vous, Gregory, car c'était "un type bien", Pascal, que la vie n'avait pas épargné, mais qui gardait intacts son humour et son regard d'enfant sur la vie. Moi
aussi je pense très fort à Nathalie.
je viens de finir de lire "le grand loin", beau livre noir et désespéré, aux réflexions sur la mort prémonitoires...
soutenez bien votre cousine...


Frédéric 10/03/2010 19:27


Je me souviens de la tarte aux myrtilles et du chat à la craie, mais surtout de tous les conseils du "peintre écrivain" adressés au peintre en herbe. La dernière fois que je l'ai vu à Lyon, il
m'avait donné un échantillon de toile vierge de quelques cm2, me faisant jurer de m'amuser jusqu'au bout avec, d'y accumuler ce que je voulais jusqu'à obtenir une texture délirante, et de lui
rendre ce morceau une fois que j'en aurais fini. A défaut, je lui rend hommage...


marybel dessagnes et chantal robillard 11/03/2010 07:54


eh bien, tu vois, mon cher ingénieur, moi je ne me souvenais pas de l'avoir revu à Lyon, Pascal ! la mémoire est parfois sélective...  mais maintenant que tu le dis, nous avions
effectivement une fois dîné ou déjeûné chez lui et Nathalie, quand ils habitaient Lyon, sans doute en allant vers l'Auvergne.
merci pour ce beau témoignage, tu pourras toujours exposer ta toile une fois finie en rendant hommage à Pascal... il est devenu quoi, le bout de toile vierge ?

tu te souviens de ce que j'avais répondu à pascal ce jour-là ?... Je venais d'écrire "un mocassin fourré"... vous m'aviez regardé, deux petits  museaux barbouillés de myrtille, complètement
épouvantés !

 "mère littéraire", hein ?!