radieuse radiée

Publié le par chantal robillard lectures

 

 

 

 

 

 

 

 

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Petit abécédaire de radieuse radiée

 

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Ah oui, je me souviens bien de Jean Gattegno, notre tout premier directeur du livre et de la lecture ! Si chaleureux, si lumineux Jean, et ses derniers mois à Strasbourg... Jean que j'ai emmené à l'auberge de l'Espérance découvrir la tarte flambée, que j'ai encore eu au téléphone la veille de sa mort. Jean le superbe, militant du livre, notre modèle à tous...

 

Bien sûr, je me souviens aussi du fou d'Amérique, mon cher Yver Berger, de sa Provence de rêve ( relisez «les Matins du Nouveau monde» !), de son amour de la langue française. Il aimait mes textes, surtout «dentelles des vents» et «de verre vert». Il voulait me publier très vite, cela ne se sera pas fait : saleté de cancer !

 

Caramba, je me souviens du seigneur Jean-Jacques Brochier, grand chasseur, grand «porteur de valises», homme de lettres et critique redouté directeur «du» Magazine. JJB qui vint m'acheter mon premier livre à la Foire du livre de St Louis, partit, puis revint une heure plus tard, tout étonné, me dire et crier à la cantonnade : «mais il est épatant, ce p'tit bouquin, é-pa-tant !». J'eus droit à une critique,  petite mais bien tournée, signée Michèle Kahn, dans son Mag' Litt' ; puis deux autres, quelques années plus tard, pour mon second ouvrage.

 

Décidément, le maire de L...sheim voulait rondement mener le chantier de construction de sa médiathèque. Nous eûmes avec succès, je m'en souviens, réunions de chantier casqués, réunions en mairie bien mis, inauguration enfin toute belle et joyeuse. Son successeur s'empressa de... louer un étage entier de la médiathèque à du privé. Il fallut lui envoyer l'inspection générale, et damned, j'habite L...sheim !

 

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Evidemment, je me souviens aussi d'un autre maire qui construisit sa médiathèque non à l'endroit prévu, mais à côté, en contournant un arbre. J'en fis une nouvelle : « le Pin, le maire et la médiathèque». Non, non, je ne suis pas Eric Rohmer !

 

Fichtre, refaire des discours d'inauguration ou de remises de prix m'ennuyait à la longue, alors je me souviens d'y avoir glissé parfois quelque contrainte oulipienne, transformant tel discours en «marché de pas d'i pas d'o», tel autre en tautogramme ou truffé d'alexandrins.

 

Grâce à Jacques Jouet le précurseur, je me souviens d'avoir pratiqué abondamment en Alsace les résidences d'écrivains. Mais JJ me fit aussi décourir tout un univers potentiel le jour où je l'entendis lire sa nouvelle «trois fois trois voeux». Merci, Jacques !

 

Heureux écrivains en résidence: je les bichonnais, les chouchoutais, leur facilitais l'installation. Quel plaisir de les faire intervenir et donc faire découvrir ici et là Georges-Olivier Chateaureynaud, Paul Fournel, Marie-France Briselance, Orlando de Rudder, Jean-Noël Blanc et bien d'autres.

 

Il était une fois un tout petit salon, tenu par un gendarme-poète et ses copains. Cela devint, à force de ténacité, le grand salon du livre de Colmar et j'ai tant de souvenirs autour de ce salon que je ne saurais lequel choisir ! Me reviennent sur le coup : toute une conversation avec Michel Le Bris et Pete Fromm sur Tourgueniev et Stevenson ; et le sourire mélancolique de Pierre Bordage, bien seul l'an dernier, lui qui ailleurs signe tant.


Jarnicoton, je me souviens du voyage à Berlin des conseillers livre, ja ja, et d'un mal de pied épouvantable, qui me prit dans le parc du château Sans- Souci de Frédéric de Prusse... et se révéla plus tard être une tendinite coriace et crucifiante.

 

 

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Kehl-Strasbourg, le pont de l'Europe : il me souvient que j'y fis mettre des pupitres, le long des trottoirs, avec textes d'écrivains de 45 pays ou langues, sur le thème de la frontière. Quelle joie de recevoir en amont des textes de Claudio Magris, Predrag Matveevich, Jean-Pierre Vernant, Ismail Kadaré et tant d'autres ! Puis de réunir en colloque tous ces auteurs pour l'anniversaire du Conseil de l'Europe. Allez les voir, ces textes, ils ne sont pas tagués, ils sont beaux, illuminés le soir.

 

Littéraire et passionnante, je me souviens de l'aventure du tramway de Strasbourg, lignes A et B, avec des textes collectifs sur les colonnes des stations ; plus tard je fis venir d'autres auteurs pour le tramway de Mulhouse : Didier Daeninckx, Jacques Vallet, Pascale Roze...

 

Mille millions de mille sabords ! Je me souviens de mes passages dans les radios ou télévisions locales, -dont une fois sur une péniche en mouvement !-, des séances de maquillage drôles ou parfois éprouvantes ( «là, ma pauvre, pour vos cheveux, je ne peux rien faire !»), des directs improvisés sur France 3 quand l'amie Michèle Bur m'appelait en «pompier», pour remplacer au pied levé tel écrivain absent. Et de ce directeur qui me convoqua, un peu pincé, pour me dire que lorsque je me "montrais" sur une télévision nationale, il fallait le prévenir quelques jours à l'avance... alors que j'ignorais  être passée sur 3 chaînes la veille !


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Nom d'une pipe, je me souviens de ce libraire qui me reçut, peu après ma nomination, comme une marchande d'aspirateurs, debout au fond de son cagibi. Et qui plus tard me lança, agacé, à propos de mes écrivains en résidence : «mais enfin, d'où les sortez vous ?». Je me demande bien, en effet, d'où je sortais Jacques Roubaud, Joël Schmidt, Christiane Baroche, Isabelle Minières ou encore le jeune Sylvain Tesson. Peut-être avais-je eu l'idée, certes saugrenue, je le confesse, de les avoir lus en amont ?

 

 

  

 

Oh, comme je me souviens dans tous ses détails d'une récente foire du livre de St Louis où, présidente du jury «Printemps du roman» cette année-là, j'avais fait un discours sur le lauréat, lequel nous avait remercié en retour ; le député-maire, ce bon Jean Ueberschlag, était alors remonté sur l'estrade avec un énorme bouquet. Le lauréat avait tendu les bras, mais l'attention était... pour moi !

 

«Piéton, je suis, marcheur même !», s'annonçait ainsi au téléphone le maire de Rooschwoog, sans doute pour compenser le nom monosyllabique mais imprononçable de son village. Il me parlait du pélerinage de St Jacques et de l'Aubrac, qu'il confondait un peu avec l'Auvergne. Je n'ai jamais vu sa médiathèque, que nous avons mis plusieurs années à construire : ce sera pour bientôt.

 

Quelle galère, les transports et voyages ! J'en aurai eu des contretemps : je me souviens de retards, de grèves, d'annulations de vols, de RER, TER ou TGV arrêtés en rase-campagne des heures durant.. Toujours dans le froid ou la chaleur. Et même d'un aéroport entièrement satiné par le givre, puis un mois plus tard fermé pour alerte la bombe ! Ah, ne parlons pas DU nuage, s'il vous plaît...

 

Repas collectifs, restaurants universitaires : j'aurai fait faire avec le Crous des dizaines de milliers de sets de table poétiques, de serviettes de table littéraires (elles s'imprimaient par tranches de 144 000 pour chaque texte, il y avait 4 à 6 textes différents : calculez ! ), puis des marque-page et des cartes postales à distribuer, animations à l'appui, aux étudiants. Le tout  chaque année, pour les voeux de Nouvel an. Et je me souviens d' avoir dansé la valse à l'envers avec le cuisinier du restau u de Cronenbourg, les pieds dans du mouillé bizarre, au son de l'accordéon de Jean-Marie Hummel. Qui patinait lui aussi ( non, non, pas dans la choucroute ! sur le sol trempé), et nous chantait «Mon amant de Saint-Jean»...

 

 

 

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Suave et solide Angèle, de Murbach : je me souviens qu'elle hébergeait les écrivains de mes toutes premières résidences, celles avec le journal l'Alsace, lancées avec l'ami Rémy Pflimlin. Elle créait patiemment au pied de son presbytère un hortulus, beau jardin médiéval, et collectionnait les avatars de coqs (non, pas de poules !). Son mari faisait, lui, collection de sorcières en marionnettes.

 

Tristesse : je me souviens du décès tout récent de Pascal Garnier, et de l'hommage qu'on lui rendit dans la belle librairie de l'Horloge, à Carpentras. 3 auteurs, 1 éditrice, 1 libraire, et Nathalie Garnier, pour dire l'humour des textes de Pascal : ah, c'était bien, il aurait été content ! Merci Françoise, libraire au grand coeur.

 

Une bonne fée, j'en avais une de longue date à Aix en Provence : Paule Constant, rencontrée à Fribourg en Brisgau ! Je me souviens que nous y avions évoqué les contes, elle voulait me faire venir à Aix pour en discuter auprès de son public. Ce fut fait en 2005 et ce fut mon premier séjour dans cette ville de fontaines, où nous baptisâmes ensemble celle de la cour de l'hôtel Maynier d'Oppède : «fontaine Jean le Bleu»*. En hommage à qui, au fait ? Depuis, chère Paule, c'est à la vie, à la mort entre nous. Et nous n'avons pas fini de travailler ensemble ! Mais chut...

 

Victoire ! Une autre amie, documentaliste et épouse de Drac, aimait mes textes et me fit intervenir plusieurs fois au CRDP d'Alsace : colloques, lectures en musique (et je me souviens de celle avec Rolande Causse et un percussionniste, sur la guerre). Grâce à Renata furent publiés sur Internet mes 7 débuts de nouvelles «Un monstre au château» ; ils y sont encore, si vous avez la curiosité d'aller voir. On se reverra en Lorraine, Renata !

 

What a shame, je me suis souvenu seulement l'autre jour d'une phrase clef du Mariage de Figaro : «Ne pouvant asservir l'esprit, on se venge en le salissant». Honni soit qui mal y pense !

 


 

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Xin Kiang, certainement : je me souviens d'une oublieuse bibliothécaire, qui me fit tourner-virer-grimper à St Martin de Vésubie, et pile ce jour-là décida tout à trac d'aller folâtrer vers quelque désert de Chine (ou de Nice, c'est tout comme), me faisant faux bond : et 500 Kms et une journée de perdus !

 

Yalla yalla, je me souviens d'avoir accompagné x et même y fois des écrivains en quartiers sensibles, hôpitaux ou prisons. Et plus particulièrement de ce jour où Alain Bellet et moi n'arrivions pas à pénétrer dans une maison d'arrêt, parce que le détecteur avait détecté, (ce serait donc sa fonction ?) «un objet triangulaire métallique» dans son bagage. Lequel objet s'avéra être un... fer à repasser de voyage, glissé au dernier moment par sa femme à son insu ! Yo, allez !

 

Zut, allais-je oublier de terminer par un autre Jean ? Oh que non, je me souviendrai toujours de Jean Giono ! Et, depuis ma venue en Provence, de sa fille Sylvie, qui me reçut si chaleureusement chez elle à Manosque, - ah son foie gras maison, l'huile fruitée des oliviers paternels ! Sylvie qui me tint un soir fermement par le bras durant tout le trajet (à l'aixoise, c'est à dire mal pavé), entre la rue de Saporta et la rue Cardinale, alors que je béquillais en grimaçant. Eh oui, je m'étais fracturé tibia et fémur dans les escalators de Roissy, au retour du voyage en Finlande des conseillers livre, il y a un an.

 


Envoi :

 

Ah zut, mais ne vous avais-je point dit que le métier de conseiller livre est dangereux ? J'aurai eu, en tout cas, très grand bonheur à l'exercer 20 ans de rang et m'en ramentevrai toujours : que ma joie demeure !

 

 

© Chantal ROBILLARD

 

*cf ma nouvelle «la fée de la fontaine Jean le Bleu» in «Comment j'ai lu les contes de fées» / Centre des écrivains du Sud. Marseille : Transbordeurs, 2006.

 

 

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un très grand merci à Frédérique G-H, mon grand reporter perso,

pour toutes les photos !

 

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et je repartirent vers de nouvelles zaventures...


 


 

Publié dans textes oulipiens

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Claudius 15/02/2012 18:56


Un beau discours pour un magnifique métier : passeuse de littérature en quelque sorte :o)

chantal robillard lectures 15/02/2012 19:02



merci ! je suis ravie que ça te plaise !


oui passeuse de livres (pas seulement littéraires, tous livres), mais aussi de subventions et ça c'était bien plus lourd à porter.



pyrausta 11/07/2010 00:08



bonsoir Chantal.


je ne pouvais que venir faire un tour sur votre blog ...et je ne le regrette pas...Quelle vie vous avez! Passionnante,foisonnante de rencontres litteraires et humaines ,exaltante quand vous
decouvrez des auteurs méprises par certains libraires alors que vous, vous avez reconnu le talent! et se battre encore et toujours pour les faire sortir de l'ombre,aider des personnalités dans
leurs projets...Votre enthousiasme fait plaisir à voir.



chantal robillard lectures 11/07/2010 09:16



grand merci pyrausta ! oui j'ai beaucoup donné pour la littérature contemporaine et beaucoup fait construire de bibliothèques : plus de 100 000 M2 sur 2O ans ! parfois je n'en reviens
pas...", ce ne sera pas simple. votre blog est très beau lui aussi, très coloré, vivant, féminin, passionné, continuez ! maintenant je veux surtout me consacrer à mes propres écrits et mieux les
faire connaitre, mais comme je répugne à "l'autopub



pichenette 19/06/2010 22:30



Un beau discours, de sincères remerciements à ceux qui vous accompagnèrent et dit avec humour. Bonnes nouvelles Zaventures!



chantal robillard lectures 30/06/2010 20:28



merci Pichenette ! et bonne continuation à vous également !